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Lettre à tout le monde, parce qu’on est les habitants divers d’un seul pays, et qu’on veut y vivre en paix.

lundi 2 novembre 2020

Nous relayons ce texte :

Tous différents, par l’âge, l’histoire, le sexe, la profession, l’orientation sexuelle, la couleur de peau, la religion, femmes et hommes, tête nue ou couverte, jeunes et vieux, ouvriers et enseignants, croyants ou non, nous avons pu, nous avons su nous retrouver pour partager notre peine, notre désarroi et notre envie de réagir à l’horrible assassinat de Samuel Paty, en ouvrant à autre chose qu’à la peur ou la haine.
Ce texte est le produit de ces rencontres :

1. Maintenant, si nous voulons la paix et l’entente entre les gens du pays, il n’y a plus d’autre choix que de prendre les choses en main, nous-mêmes, avec tous ceux qui le veulent, car personne ne le fera à notre place : Pour la paix, on ne peut pas s’appuyer sur ceux qui veulent et construisent des tensions entre les gens, on ne peut pas compter sur les politiciens et leur partis, on ne peut pas compter sur l’état ni sur les élections. On ne peut pas compter non plus sur les religions, c’est à dire sur les clergés de chaque religion qui ne font rien pour calmer vraiment les choses au niveau national ou international. Dire cela n’a rien à voir avec la foi que chacun peut avoir, que nous respectons et qui est personnelle dans le sens où elle ne regarde ni les voisins, ni l’état.

2. Nous regardons ce qui nous unit, et pas ce qui nous sépare : ce qui nous unit, c’est la volonté de vivre en paix, dans notre pays, la France, composé de millions d’habitants tous différents, et où chacun doit être pris en compte à égalité avec les autres : pendant le confinement, on n’a pas regardé l’origine, la religion, la couleur, le quartier de celles et ceux qu’on a appelé « les 1ers de corvée ». Non, on a juste vu des caissières, des chauffeurs, des soignants, des livreurs, des éboueurs... des gens du pays, qui font ce qu’il faut pour que tout le monde puisse vivre, se soigner, se déplacer, se nourrir etc...
Aujourd’hui, nous refusons d’être à nouveau mis dans des cases, assimilés à des groupes sans la moindre individualité, nous refusons d’être jugés sur notre apparence, nous refusons qu’on décide à l’avance de ce que nous pensons, de ce que nous voulons. Chaque individu est plusieurs choses à la fois : homme ou femme, parent, enfant, pratiquant une religion ou non, étudiant, intellectuel, ouvrier, retraité, malade ou en bonne santé, etc.... Nous refusons d’être réduits à une étiquette, ramenés à une communauté, qu’elle soit « française » ou « musulmane », comme si on ne pouvait pas être les deux. Cela a pour but de désigner des gens comme « ennemis de la République » ou « ennemis de la France » : c’est une façon indigne d’exclure de la société.
Tous ceux qui nous réduisent à une seule identité, en fonction de notre couleur, notre religion ou autre, sont des fauteurs de troubles, de tensions et de guerre. Un pays où la politique est de séparer les gens suivant des critères décidés par l’état n’est plus un pays libre, n’est plus un pays où chacun peut respirer comme il l’entend, en respectant les autres.
Le pays, c’est nous tous ! Nous, qui y vivons, et qui contribuons à le construire, par notre travail, par nos échanges, par nos études, par notre vie, tout simplement.

3. Nous sommes capables de penser par nous-mêmes, de réfléchir et de travailler ensemble à un chemin pour faire un pays de paix, où un habitant égale un autre habitant, où chacun peut vivre correctement, avoir des droits et être respecté.
Nous refusons la pensée unique, qui serait la pensée officielle, celle du gouvernement, du « si tu n’es pas avec nous, tu es contre nous », relayée par les partis, les médias, et certains intellectuels appointés.
La loi sur « le séparatisme » cible ouvertement ceux que le gouvernement appelle « les musulmans », en fait des gens qui vivent et travaillent ici, qui sont français, qui font partie du peuple. Mais en vérité, c’est toute personne, tout groupe qui ose se déclarer, se manifester, penser, qui est visé par cette loi. Son but, sur le fond, c’est que toute idée qui vient des gens, toute pensée non conforme au macronisme et au lepénisme ambiant, toute idée moderne et positive du peuple de France ne puisse pas sortir, s’exprimer et se développer.
La loi de Macron sur « le séparatisme » c’est pour dire à tout le monde que si on pense et si on agit contre sa politique, on devient « séparatiste » et que la police, la justice nous mettront à l’écart de la république, nous désigneront comme ennemis intérieurs.
Cette loi ne dit pas la réalité, c’est un piège pour empêcher les gens de penser et de se parler. Depuis le mouvement des Gilets Jaunes, le gouvernement a une peur panique que des gens différents se parlent, se rencontrent, s’écoutent et décident éventuellement de faire des choses ensemble pour arranger la vie de chacun et créer un peu de solidarité.
La pensée unique, c’est aussi celle des fanatiques religieux, des propagateurs de haine, incapables de faire la part des choses, acharnés eux-aussi à faire rentrer les gens dans les cases qu’ils ont décidées et à décréter comment chacun doit vivre et penser.
Nous refusons d’être coincés entre deux discours de tensions et de haine, les deux versants d’une même médaille. Ce n’est pas un choix, mais un piège, pour nous empêcher de penser un pays pour tous, nous empêcher de réfléchir à comment apaiser les choses, et au contraire nous radicaliser dans un sens ou dans un autre.

4. Rien ne justifie la persécution, ni une religion, ni une idéologie quelconque, ni la raison d’état.
Le climat actuel, aussi bien les meurtres que les politiques proposées, font tout pour diviser, séparer, confronter. La récupération de l’émotion provoquée par l’assassinat atroce de l’enseignant Samuel PATY, redoublée par les meurtres de Nice n’a fait qu’attiser les tensions et désigner un groupe de gens du pays « les musulmans » comme des ennemis intérieurs. Est-ce qu’on va rester coincés dans cette spirale ? Ou est-ce qu’on va arriver à s’en dégager, à affirmer et pratiquer une autre réalité de notre pays, en nous rencontrant, en échangeant et en nous battant pour aider notre pays, c’est-à-dire nous tous, ses habitants ?

5. Nous, les adultes, nous devons nous soucier des jeunes, les aider à se repérer, à prendre du recul, à faire la part des choses. Les enfants, les jeunes, ont besoin d’être entourés d’adultes bienveillants, posés, réfléchis. La religion est une affaire personnelle, ça suffit d’en faire un problème. Comme le dit une d’entre nous : « ma religion est dans mon cœur, ce n’est pas une caricature qui va y changer quelque chose. » Il s’agit aussi de ne pas souffler sur les braises, de ne pas blesser, humilier qui que ce soit par l’insulte, les dessins, les dogmes. Nous voulons travailler à bâtir non des murs mais des ponts, pour que chaque jeune du pays s’y sente chez lui.

Voilà résumés les premiers points que nous avons pu commencer à dégager et sur lesquels nous avons décidé de nous appuyer pour développer un travail de paix, pour un pays pour tous, où les notions de liberté, égalité et fraternité ne seraient pas des mots vides de sens, des prétextes à soumettre, humilier, diviser, mais des principes pour penser et agir dès maintenant.

Mettre en place ce travail, ces rencontres, ces moments d’échanges, de pensée et de décision collective, c’est aussi et d’abord ce qui permet de sortir de la stupeur où les assassinats et leur traitement politique et médiatique nous ont plongés, c’est ce qui nous permet de créer et de donner de l’espoir, c’est ce qui nous permet d’agir, en affirmant et en pratiquant que le pays, c’est nous tous, tels que nous sommes, divers et capables de nous parler, de nous rencontrer comme nous le faisons déjà depuis longtemps. C’est ce qui peut mettre des points d’arrêt à toutes ces politiques criminelles et persécutoires.
Se réunir ainsi, c’est déjà transformer la situation, parce que chacun décide de rencontrer d’autres personnes pour faire avancer la pensée.

Nous savons aussi que beaucoup de gens dans le pays partagent notre réflexion, notre démarche, ou souhaitent le faire. Par ce texte, nous voulons vous dire que c’est possible, parce que nous l’avons fait et continuons à le faire. Cela nécessite de la persévérance, de l’inventivité, du respect et de la confiance, en soi et dans les autres. A chacun de s’y mettre.

Réunis en assemblée,
Brigitte, Nora, Pascal, Saadia, Chérif, Jean-Louis, Nasseira, Khaled, Marcel, Khadidja, Pascal, Baptiste, Victor, Sonia, ainsi que tous ceux qui nous rejoignent dès qu’ils le peuvent...

pour nous écrire : lapaixpossible@yahoo.com

Toulouse, le 01/11/2020